Franck Thilliez - La Chambre des morts - Folila Mali's Blog

Franck Thilliez - La Chambre des morts

Rédigé par Laurent Navet le 07 septembre 2013

Vous roulez en pleine nuit avec votre meilleur ami, tous feux éteints. Devant vous, un champ d’éoliennes désert. Soudain le choc, d’une violence inouïe. Un corps gît près de votre véhicule. A ses côtés, un sac de sport. Dedans, deux millions d’euros, à portée de la main. Que feriez-vous ? Vigo et Sylvain, eux, ont choisi. L’amitié a parfois le goût du sang : désormais le pire de leur cauchemar a un nom… La Bête.

Un prologue qui plonge immédiatement dans l'horreur la plus abjecte et pourtant, pas une goutte de sang, juste une fillette effrayée et quelques mouches... Mais quelle suggestion : ne rien montrer et tout dire, l'apanage du style.
Alors l'aventure commence, vive, et déjà Franck Thilliez a pris les rênes et embarque le lecteur dans un rythme fracassant. Les faits s'enchaînent, les intrigues se nouent, les personnages naissent, grandissent, se croisent, jusqu'à l'apparition d'une jeune brigadière de police qui va devenir le nœud central de toute cette affaire.
Lucie Hennebelle est fascinée par le mal, par les criminels, par les tueurs en série, elle engrange quantité de connaissances sur ces individus malsains, à la limite de la folie. Entrée dans la police, elle rêve "d'enquêtes dans des caves sombres, d'assassins intelligents" tout en restant cantonnée, vu son grade, à des tâches subalternes. Elle aspire au "profiling", c'est là sa passion, c'est là son talent. Elle sera bien servie !..

Franck Thilliez met en scène l'horreur, mais il sait l'inscrire dans un cadre, la faire vivre à travers des personnages qui ne tombent pas du ciel. Ceux-là sont des êtres humains, avec leurs problèmes du quotidien, leurs soucis, leurs bonheurs aussi, et c'est tout l'attrait, tout le "charme" qu'on doit reconnaître à cet auteur : intégrer les crimes les plus odieux dans une réalité proche, si proche que le doute s'installe, et la peur qui va avec. Et si c'était vrai ?..
Franck Thilliez suggère plus qu'il ne montre. Il s'adresse d'avantage à l'imagination de son lecteur, à son côté morbide, pour tendre les ressorts et l'entraîner, de fait, en toute subtilité, là où il veut bien le mener :
"Son regard tomba alors sur des irrégularités, au bas des parois (...). Des écorchures. Des dizaines de raies pourpres lacéraient les briques effrités. Entre les sillons, des restes d'ongles, de peaux séchées. On avait gratté. À sang." Sans doute plus efficace, cet "après-coup", qu'une description toute brute.
Mais l'auteur ne s'arrête pas là et nous gratifie d'une visite guidée de cette région qu'il affectionne et sait rendre attachante, malgré ses dehors austères, le Nord. À travers sa documentation, précise et variée, il nous offre une découverte de la taxidermie, des anatomistes des temps anciens, avant d'en finir par une réflexion, lors de la descente aux enfers finale, sur les tréfonds humains, ces déviances macabres de cerveaux malades et pourtant si proches de nous. Un très bon thriller...





inspiré par polarnoir

Classé dans : Lectures - Mots clés : Thilliez

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